Rites

Cohésion sociale ou réelle croyance ?

Les Japonais sont-ils « religieux » ?

La plupart pratiquent plusieurs religions, ce qui est un début de réponse. En général, un mélange ancien de shintoïsme et de bouddhisme (70% de la population). Les Japonais semblent honorer les dieux à tout bout de champ mais plus de 50% disent ne pas vraiment croire. Ils pratiquent plus par superstition (les tireuses de cartes sont à tous les coins de rues le soir à la sortie des bureaux) et pour assurer la cohésion sociale par des rites.

Le shintoïsme est issu d’un mix ancien entre animisme, chamanisme et culte des ancêtres auxquels se sont ajouté le culte de la fertilité, de la nature parfois capricieuse (tremblements de terre, typhons, tsunamis), pour former le shinto qui fut la religion officielle du Japon jusqu’en 1945 ou les Américains obligèrent le Japon a abdiquer leur religion d’état jugée d’extrême droite.

Le bouddhisme, importé de Chine et de Corée à partir du Ve siècle, fut influencé par le shintoïsme. En 592, le bouddhisme, introduit dans les classes sociales supérieures devint religion d'État.  

Mariage Shinto

La courte cérémonie est dirigée par un prêtre et ses assistantes, des miko, qui étaient jadis filles de prêtres, vierges et devineresses. La mariée est en blanc, symbole de la pureté et du... deuil, puisqu'elle est morte à sa propre famille. Sa coiffe porte un "cache-corne" servant à conjurer la jalousie car il faut dissimuler les cornes du démon que les femmes ont en elles car, dans la mort, les démons les plus effrayants sont les femmes jalouses. Aujourd'hui les tenues mariales évoluent vers plus de couleurs.

Les mariages ont été longtemps arrangés, pas pour des raisons financières mais parce que l'on se méfie du désir romantique au profit. On préfère un mariage de deux caractères, de potentiel professionnel. C'est un investissement commun, l'autre restant de toute façon un étranger pour la vie. La notion de famille est particulière : on y inclue, au sens large, amis, voisins et collègues et les héritiers peuvent être déshérités au profit d'un inconnu adopté ! Le mariage religieux se fait après le mariage civil. Se marier est simplissime : un document comportant le sceau de 2 témoins suffit. On se marie souvent en automne mais jamais en novembre qui est un mois sans dieux. La date est choisi via l'horoscope. Un mariage coûte en moyenne 25 000 € ! 3 kimonos, un smoking, un costume, la cérémonie mais surtout les... cadeaux de remerciement aux invités. Les invités, eux, offrent en général de... l'argent (en billets neufs et d'un montant non divisible par deux (symbole de séparation), glissés dans une enveloppe fermée par des ficelles impossibles à dénouer (symbole de fidélité éternelle). Surtout pas de vaisselle, sinon attention à la rupture. La lue de miel est courte (8 jours en Australie, à Hawaï ou, mieux, à Paris. 

St Valentin

Encore une obligation sociale. Introduite en 1958, par une société japonaise, cette fête est devenue l'obligation coûteuse faite aux femmes d'offrir des chocolats à leur entourage masculin, personnel et professionnel. Les chocolats sont appelés giri-choko soit "chocolat obligé" ! Ce n'est pas une fête des amoureux (c'est plutôt Noël). Le 14 mars, un mois plus tard, les hommes offriront aux femmes des sucreries ou des fleurs dont la valeur sera au moins de 3 fois le prix des chocolats reçus. C'est le jour "blanc", nommée ainsi car c'est une société de marshmallow qui en 1960 a initié cette pratique. Si vous êtes patron avec une bonne notoriété, le 14 mars peut vous coûter très cher. Certains refusent d'accepter des chocolats pour se soustraire au piège.

 

Nouvel An

Il est célébré lors de la 1ére semaine de l'année. On décore la maison et surtout l’entrée, le petit autel shinto ou le tokonoma, une niche avec des fleurs ou un objet « précieux ». On porte des vêtements traditionnels et mange la cuisine traditionnelle.

Durant cette semaine on se rend au sanctuaire shinto ou au temple bouddhiste pour la « 1ére visite de l’année ». On se lève tôt pour assister au 1er lever du soleil de l’année. Les enfants reçoivent des étrennes. Pendant les 3 premiers jours de l’année le pays cesse de travailler. Le 2 janvier, les enfants se livrent traditionnellement à l’art de la calligraphie en traçant des idéogrammes de bon augure et le 7, on consomme du gruau au 7 herbes pour se préserver de toute maladie. Le 11, on mange les pâtes de riz déposés en guise d’offrande sur le petit autel shinto ou bouddhique de la maison puis on prie pour que lune heureuse nouvelle année.

Le baptême à la japonaise (Miyamairi)

Le bébé d’un mois à cent jours, vêtu d’une sorte de robe, porté par sa mère parfois en kimono et souvent par la grand-mère, se rend au temple shinto en compagnie de ses grands-parents. Rien n’est réservé, on fait la queue simplement. On demande aux dieux de chasser les esprits avec l'aide d'un bâton muni de bandes de papiers agité par le moine.

 

Les petits êtres de pierre portant des bonnets ou tabliers rouges vus dans les sanctuaires bouddhistes.

On les nomment Mizuko (2 caractères : enfant et eau). Ils représentent des fœtus, les nouveaux-nés n’ayant pas atteint 2 ans dont la destinée entre les dieux et les hommes est incertaine. Pour venir en aide aux parents, il existe une cérémonie dans des temples spécifiques avec des offrandes à Jizo protecteur des enfants. Le but est d'assurer le repos de leurs âmes et d'éviter la vengeance des esprits qui se servent parfois de ces êtres comme oracles. Jadis, à cause de la mortalité, on enregistrait l’existence des enfants pas avant 5 à 7 ans. Entre deux, ils étaient considérés vivant entre les humains et les dieux.

Passage à l'âge adulte (seijin Shiki)

Le 2éme lundi du mois de janvier est jour férié : on fête les jeunes qui atteigne l’âge de la majorité (20 ans) ou qui seront majeurs avant le 1er avril de l’année. C'est la mairie de leur lieu de résidence qui organise la cérémonie.

La fête des poupées (Hina matsuri), la fête des enfants

Il ne s'agit pas ici d'une quelconque fête de poupées en silicone dont sont friands les Japonais ! Hina matsuri est la fête des petites filles qui se déroule le 3 mars. Les familles déposent des offrandes (saké, galettes, fleurs de pêcher) devant une estrade à gradins des poupées représentant l’empereur et l’impératrice. La fête des enfants (jadis la fête des garçons) se déroule le 5 mai. On dresse des mâts au sommet desquels on accroche des bannières en forme de carpes colorées flottant au vent. On expose aussi des figurines des guerriers et un casque ou une armure.

Fête des morts (o-bon)

La fête bouddhique rend hommage aux défunts durant 3 jours. Le 13 juillet, les esprits des défunts reviennent chez eux, se restaurent et se reposent. Pas de quoi avoir peur : les familles disposent des lampes entre le cimetière et la maison. On aura préalablement nettoyé les tombes et déposé des offrandes, préparé l’autel bouddhique de la maison avec des offrandes et si possible un moine psalmodiera quelques sutras. Le 15 juillet (mais souvent le 15 août avec quelques jours off pour les employés), des lanternes de papier sont déposées dans la rivière ou la mer. Ce sont les défunts qui repartent chez eux (dans l’au-delà sans doute). Notons que durant cette période, des habitants d’une ville, d’un quartier, se regroupent et danses sur de la musique sensée accueillir les morts au mieux pour qu’ils repartent joyeux.  Aujourd'hui cette coutume est surtout prétexte à faire la fête et rencontrer l'âme sœur...

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Et aussi (non exhaustif !)

Shichi go san; la fête des enfants de sept, cinq et trois ans

Bônen kai : la fête de fin d'année des collègues de bureau ou d'associations ou de clubs

© 2020 by Gilles Hanauer

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