Se promener dans certains quartiers de Tokyo, c'est se retrouver sur une autre planète. Dans les Lolitas que vous croisez à Shibuya, ou dans les Maids Cafe, vous ne voyez sans doute qu'une jeunesse se défoulant. Détrompez-vous, ces filles représentent l'absolue séduction pour un Japonais adulte. Naguère, elle devait ressembler à une poupée virginale, aujourd'hui elle se doit d'être une Lolita coquine et perverse. Elle s'habille en poupée, en manga, en gouvernante, en infirmière.

En occident, une jeune fille se vieillira pour séduire, ici, elle doit suggérer une jeune proie ingénue et éthérée. Du coup, les mieux placées sont les collégiennes, femmes en transition. Il existe des numéros surtaxés pour entrer en relation avec elles. Ces jeunes filles fréquentent les photomatons kitsch où les commentaires sont transgressifs du genre "Y sont pas gros mes seins ?" ou "On est bonne pour le sexe". Leur magazine EGC a pour slogan : "Soyez sauvage et sexy".​​

Traditionnellement les vêtements ont une grande importance. On garde les vêtements du défunt comme souvenir et jadis on les offrait au monastère. C'est une ancienne pensée bouddhiste qui décrit l'habit comme réceptacle de cette illusion qu’est l'amour.

Il existe des spectacles et des revues de lacération de vêtements. Des magazines masculins sont spécialisés dans les uniformes d'infirmières, de serveuses ou de policière. On se customise pour changer d'identité, pour jouer, pour s'offrir aux fantasmes. Le week-end, on sort en kimono ou en princesse à dentelles.

La rue

Dans un Maid Cafe, les maid accueillent les clients par un "Bon retour à la maison", formule de politesse utilisée à... la maison. Elles sont customisées : uniforme d'époque victorienne ou de style français. Elles portent des froufrous ou des oreilles de chat comme l'héroïne de Neko Mimi. La maid sert des boissons ou repas, papote avec les clients (souvent de jeunes célibataires qui sortent peu de chez eux et préfèrent les fantasmes à la réalité) et, dans certains endroits, assure avec les autres maid un show sur scène. Il existe des centaines de Maid Cafe.

 Les signes du corps sont aussi à décrypter : les pieds "en-dedans" ou les jambes croisées aux chevilles. Ces attitudes signifient humilité, enfance, ingénuité et femme pas encore femme. La culture japonaise exige le contrôle du haut du corps (visage, épaules, bras et mains) alors que le bassin et les jambes sont expressifs. Enfin, on ne s'embrasse jamais en public. Il fallut revêtir d'une cagoule la sculpture "Le Baiser" de Rodin exposée à Tokyo, tant les Japonais furent choqués. S'embrasser, c'est comme faire l'amour. C'est pourquoi il convient de fermer la bouche, lieu chaud et humide. Jadis pour dissimuler cet intérieur, on noircissait les dents des femmes. Pour manger, rire, s'étonner, on se cache la bouche de la main.

© 2020 by Gilles Hanauer

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